Comment intégrer les VSS au DUERP ?

Cercle orange
Violences sexistes et sexuellesPrévention des risques

Les violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) sont un risque professionnel comme un autre : selon l'enquête menée en 2014 par l'Ifop pour le Défenseur des droits, une femme active sur cinq a été confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle. Elles doivent donc figurer dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), et la loi intégrale adoptée par l'Assemblée nationale le 13 octobre 2026 prévoit de le rendre explicite. Ce guide explique comment identifier ces risques, les évaluer, les traduire en plan d'action et suivre leur évolution. Première mesure de ce plan, une formation VSS en entreprise permet de sensibiliser les équipes et d'en garder la trace dans le document unique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le code du travail impose à l'employeur de planifier la prévention du harcèlement sexuel et des agissements sexistes (article L4121-2). Le DUERP est l'outil qui consigne cette évaluation.
  • L'évaluation se mène par unité de travail : situations d'exposition, facteurs de risque, mesures existantes, actions à engager.
  • La mise à jour est au moins annuelle dans les entreprises d'au moins 11 salariés, et chaque version se conserve 40 ans.
  • L'absence de DUERP est punie d'une amende de 1 500 €, et l'absence d'évaluation des risques peut suffire à caractériser une faute inexcusable en cas d'accident du travail.
  • La loi intégrale, adoptée en première lecture le 13 octobre 2026, prévoit d'inscrire explicitement les VSS dans le DUERP. Elle doit encore être examinée par le Sénat.

Qu'est-ce que le DUERP ?

Le DUERP est le document dans lequel l'employeur consigne le résultat de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs (articles L4121-3 et R4121-1 du code du travail). Il est obligatoire dès le premier salarié, quel que soit le secteur, et la fonction publique y est également soumise.

C'est un processus avant d'être un document. Il ne s'agit pas de remplir une fiche une fois pour toutes, mais de partir de l'organisation réelle du travail pour aboutir à des mesures concrètes, suivies dans le temps. L'employeur en est responsable : il peut s'appuyer sur un salarié désigné compétent, le CSE, le service de prévention et de santé au travail ou un intervenant extérieur, mais la responsabilité reste la sienne.

Ce qu'a changé la loi du 2 août 2021

La loi pour renforcer la prévention en santé au travail a fait évoluer le DUERP :

1

Conservation 40 ans

Chaque version du document unique est conservée pendant au moins 40 ans.

2

Mise à disposition élargie

Le DUERP est accessible aux travailleurs et anciens travailleurs, au CSE, au médecin du travail et à l'inspection du travail.

3

Plan d'action obligatoire

Un programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT) à partir de 50 salariés, une liste d'actions en dessous. Le DUERP évalue les risques ; le PAPRIPACT fixe les mesures, leur coût, leur calendrier et leurs indicateurs.

4

Dépôt sur un portail numérique

Prévu en 2023 pour les entreprises d'au moins 150 salariés et en 2024 pour les autres. Faute de mise en service de ce portail, l'employeur conserve lui-même les versions successives et transmet chaque mise à jour à son service de prévention et de santé au travail.

Pourquoi intégrer les VSS au DUERP ?

Une obligation légale

L'employeur doit protéger la santé physique et mentale des salariés (article L4121-1). Parmi les principes généraux de prévention, l'article L4121-2 lui impose de planifier la prévention en y intégrant les risques liés au harcèlement moral, au harcèlement sexuel et aux agissements sexistes. L'article L1153-5 lui impose en outre de prévenir le harcèlement sexuel, d'y mettre un terme et de le sanctionner.

Le DUERP est donc la pièce qui prouve que ces risques ont été évalués, au même titre que les autres risques psychosociaux.

Un document encore trop rarement à jour

Selon la Dares (mars 2024), seuls 46 % des établissements disposaient d'un DUERP à jour en 2019. Les VSS y figurent encore plus rarement.

La responsabilité de l'employeur en jeu

En cas de harcèlement sexuel ou d'agression sexuelle au travail, l'employeur ne s'exonère qu'en démontrant qu'il a pris toutes les mesures de prévention prévues par le code du travail et qu'il a réagi immédiatement. Un DUERP qui ignore les VSS affaiblit cette défense.

Des conséquences lourdes

Reconnaissance d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, faute inexcusable, dommages et intérêts devant le conseil de prud'hommes.

Ce que change la loi intégrale

La proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexuelles et sexistes a été adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 13 octobre 2026. Son volet travail prévoit :

  • d'inscrire explicitement des mesures de prévention des agressions sexuelles, du harcèlement sexuel et des agissements sexistes dans le DUERP ;
  • de sensibiliser tous les salariés ;
  • de former les encadrants.

Pas encore applicable

Le texte doit maintenant être examiné par le Sénat : les entreprises qui intègrent déjà les VSS à leur document unique seront prêtes à son entrée en vigueur. Pour le détail du texte, consultez notre article sur la loi intégrale contre les VSS, et pour sa traduction dans le dialogue social, notre guide sur l'accord d'entreprise VSS.

Comment évaluer les risques VSS dans le DUERP ?

1. Définir les unités de travail

Une unité de travail regroupe des salariés exposés aux mêmes situations : un service, un poste, un site, une équipe itinérante. Pour les VSS, ce découpage doit tenir compte de l'activité réelle : accueil du public, travail de nuit, déplacements, télétravail.

2. Identifier les situations d'exposition

Pour chaque unité, il faut repérer les situations où un salarié peut subir un agissement sexiste, du harcèlement sexuel ou une agression, de la part d'un collègue, d'un manager ou d'un tiers (client, usager, patient, fournisseur). Les sources d'information sont multiples : entretiens, visite des lieux de travail, questionnaire anonyme, signalements et enquêtes passés, échanges avec le référent, les élus du CSE et le service de prévention et de santé au travail.

Facteur de risqueExemples de situations
Relation au publicAccueil, commerce, soins, hôtellerie, transport
IsolementTravail seul, horaires décalés, interventions à domicile
Hiérarchie et dépendanceStagiaires, alternants, contrats courts, forte hiérarchie
Mixité déséquilibréeÉquipes très majoritairement masculines ou féminines
Culture d'équipeHumour sexiste toléré, sexisme ordinaire, absence de sanction passée
Moments informelsSéminaires, soirées d'entreprise, déplacements avec nuitée
Outils numériquesMessageries, réseaux sociaux, visioconférences (voir le cyberharcèlement au travail)

Ces facteurs recoupent largement les 6 facteurs de risques psychosociaux : rapports sociaux dégradés, exigences émotionnelles, insécurité de la situation de travail.

3. Évaluer et coter les risques

Pour chaque situation, l'évaluation croise la fréquence d'exposition et la gravité des effets possibles sur la santé. La cotation tient compte des mesures déjà en place : existe-t-il un référent connu de tous, une procédure de signalement, une formation des managers ? Le résultat permet de classer les risques par priorité.

Auto-diagnostic

Quel est le niveau d'exposition VSS de cette unité de travail ?

6 questions pour situer une unité de travail et repérer les actions prioritaires à reporter dans votre DUERP.

Niveau d'exposition
Facteurs de risque
Mesures en place

Actions prioritaires à reporter dans le DUERP :

    Former vos équipes avec Remixt

    Ce diagnostic est indicatif. Il ne remplace pas l'évaluation menée avec le CSE et le service de prévention et de santé au travail.

    4. Définir le plan d'action

    Chaque risque identifié appelle des mesures, avec un responsable, un délai et des moyens dédiés. Elles se répartissent sur trois niveaux de prévention, détaillés plus bas.

    5. Suivre et mettre à jour

    Le suivi des actions réalisées, des signalements reçus et de leurs suites nourrit la mise à jour suivante. Cette traçabilité est décisive en cas de contrôle de l'inspection du travail ou de contentieux.

    Un signalement impose une mise à jour

    Un signalement de harcèlement sexuel constitue une information nouvelle sur un risque : il impose de revoir l'analyse de l'unité concernée, sa cotation et le plan d'action.

    Exemple de fiche VSS dans le DUERP

    Voici un exemple de ligne pour une unité de travail « Accueil et relation client » :

    ChampContenu
    Unité de travailAccueil et relation client
    SituationPropos à connotation sexuelle et gestes déplacés de la part de clients
    DangerHarcèlement sexuel, agissement sexiste, agression sexuelle
    Effets possiblesAtteinte à la santé mentale, stress post-traumatique, arrêt de travail
    Mesures existantesAffichage réglementaire, référent désigné
    CotationFréquence élevée, gravité élevée Priorité 1
    ActionsFormation des agents d'accueil, procédure d'alerte du manager, possibilité de refuser un client
    Responsable et échéanceResponsable des ressources humaines, avant la fin du trimestre

    Cette fiche peut être tenue dans un tableur ou dans un logiciel dédié. L'essentiel n'est pas l'outil, mais la qualité de l'analyse et le suivi des actions.

    Quelles mesures inscrire dans le plan d'action ?

    Prévention primaireAgir sur les causes

    Prévention secondaireDétecter et réagir tôt

    • dispositif de signalement accessible, avec garantie de confidentialité ;
    • référent harcèlement sexuel identifié, dont les coordonnées sont connues de tous ;
    • information des salariés sur les recours : inspection du travail, Défenseur des droits, médecin du travail.

    Prévention tertiaireAccompagner et sanctionner

    • enquête interne après chaque signalement, dans le respect de la confidentialité des données personnelles ;
    • mesures de protection de la victime et sanctions disciplinaires ;
    • soutien psychologique et accompagnement par le service de prévention et de santé au travail.

    Votre plan d'action prévoit de former vos équipes ? Remixt déploie vos parcours en moins de 2 semaines.

    Demander une démo

    Mise à jour, consultation et conservation du DUERP

    PointCe que prévoit le code du travail
    FréquenceAu moins une fois par an dans les entreprises d'au moins 11 salariés, et dans toutes les entreprises lors d'une décision d'aménagement important ou d'une information nouvelle sur un risque.
    Consultation du CSELe DUERP et ses mises à jour sont présentés au CSE, qui participe à l'évaluation. Les élus sont souvent les premiers informés des situations à risque.
    AccèsLe document est tenu à la disposition des salariés, du médecin du travail, de l'inspection du travail et des agents de la Sécurité sociale. Ne pas le mettre à disposition des représentants du personnel constitue un délit d'entrave, puni de 7 500 € d'amende.
    SanctionL'absence de DUERP ou de mise à jour est punie d'une amende de 1 500 € (contravention de 5e classe), portée à 3 000 € en cas de récidive (article R4741-1).

    Le risque de faute inexcusable

    En cas d'accident du travail, l'absence d'évaluation des risques peut aussi caractériser la faute inexcusable de l'employeur (Cass. 2e civ., 12 octobre 2017, n° 16-19.412).

    Quels outils et ressources pour élaborer votre DUERP ?

    Le service de prévention et de santé au travail

    Il accompagne ses entreprises adhérentes dans l'élaboration du DUERP.

    L'INRS

    Des guides et des outils d'évaluation des risques, dont des ressources sur le harcèlement sexuel et les agissements sexistes.

    L'Anact et le réseau des Aract

    Des outils de diagnostic et des guides sur le sexisme au travail.

    Le ministère du Travail

    Un guide pratique sur le harcèlement sexuel et les agissements sexistes, et une page dédiée au document unique.

    Votre branche professionnelle

    Certains accords de branche sur le harcèlement sexuel prévoient des outils pour les entreprises du secteur.

    Votre plan d'action prévoit la sensibilisation de vos équipes ?

    Remixt vous aide à former vos salariés, managers et référents aux violences sexistes et sexuelles avec des parcours e-learning certifiés Qualiopi et un suivi des personnes formées, pour une traçabilité complète dans votre DUERP.

    Demander une démo
    Religion, Sexisme, Handicap

    Commencer
    l'essai gratuit !

    Grossophobie, Homophobie, Agisme

    Article récents

    Ligne orange
    Sexisme

    Violences sexistes et sexuellesPrévention des risques Les violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) sont un risque professionnel comme un...

    RPS

    Stress chronique, épuisement, perte de sens : la souffrance psychique au travail n’est plus un sujet périphérique pour les directions...

    Sexisme

        Violences sexistes et sexuellesDialogue socialUn accord d’entreprise VSS formalise, par le dialogue social, la manière dont l’employeur prévient,...

    Harcèlement sexuel

    Droit du travail Enquête interne Un salarié signale des faits de harcèlement : à partir de ce moment, l’employeur doit...

    Sexisme

    Actualité juridique Violences sexuelles Adoptée en première lecture · non en vigueur Congé pour les victimes, enquête interne obligatoire, référent...

    Sexisme

          VHSS Culture & audiovisuelVHSS signifie violences et harcèlement sexistes et sexuels. Le sigle s’est imposé dans la...