Comment reconnaître et prévenir un agissement sexiste au travail ?

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Comment reconnaître et prévenir un agissement sexiste au travail ? | Remixt
Droit du travail Prévention Sexisme

Inscrit au Code du travail depuis 2015, l'agissement sexiste est une notion juridique précise, souvent confondue avec le ou l'outrage sexiste. Il désigne les propos, gestes, décisions et ambiances qui portent atteinte à une personne en raison de son sexe — sans exiger ni intention, ni connotation sexuelle, ni répétition.

Pour l'employeur, c'est une source de responsabilité civile réelle et une porte d'entrée vers des situations plus graves. Face à cet enjeu, mettre en place une formation à la prévention du sexisme en entreprise permet aux managers et référents d'identifier ces comportements avant qu'ils ne s'installent, et de sécuriser le cadre de travail.

Ce qu'il faut retenir

  • Définition : L'agissement sexiste est défini par l'article L.1142-2-1 du Code du travail : tout agissement lié au sexe d'une personne ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement hostile.
  • Trois critères : L'intention n'est pas requise, la connotation sexuelle non plus, et un seul fait suffit — trois éléments qui le distinguent du harcèlement sexuel.
  • Formes : Il englobe propos, gestes, décisions organisationnelles et ambiances de travail (blagues, remarques, attribution genrée des tâches, affichages, rituels d'intégration).
  • Responsabilités : L'auteur encourt une sanction disciplinaire (jusqu'au licenciement) ; l'employeur, une responsabilité civile devant le conseil de prud'hommes s'il n'a pas prévenu ou fait cesser la situation.
  • Sanctions pénales : Aucune sanction pénale sur ce fondement : le harcèlement sexuel et l'outrage sexiste relèvent en revanche du Code pénal.
  • Obligations : L'employeur a cinq obligations concrètes : prévenir, évaluer, informer, désigner des référents, réagir aux signalements.
  • Prévention : La prévention efficace passe par nommer les comportements, former managers et référents, travailler le rôle du témoin et rendre le signalement praticable.

Qu'est-ce qu'un agissement sexiste ?

L'agissement sexiste est une notion juridique inscrite au Code du travail. L'article L.1142-2-1 dispose que nul ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.

Cette définition, entrée dans le Code du travail en 2015, mérite d'être lue mot à mot : chaque terme a des conséquences pratiques pour l'employeur.

Article L.1142-2-1 du Code du travail

« Nul ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. »

« Tout agissement » — un propos, un geste, un comportement, une décision. La notion est volontairement large et couvre aussi bien une remarque qu'une organisation du travail discriminante.
« Lié au sexe » — c'est le critère central. L'agissement vise la personne en raison de son sexe, sans qu'il ait besoin d'être à connotation sexuelle. Une plaisanterie sur les compétences supposées des femmes est un agissement sexiste sans comporter la moindre allusion sexuelle.
« Ayant pour objet ou pour effet » — l'intention n'est pas requise. C'est le point que les auteurs invoquent le plus souvent pour se défendre, et celui qui ne tient pas. « Je plaisantais » ne fait pas disparaître l'effet produit.
« Ou de créer un environnement » — l'agissement n'a pas besoin d'être dirigé contre une personne identifiée. Une ambiance d'équipe, un calendrier affiché, des blagues récurrentes qui ne visent personne en particulier peuvent caractériser la situation.

Deux précisions complètent la définition. L'agissement sexiste peut être isolé : contrairement au harcèlement, la répétition n'est pas exigée par le texte. Et il concerne les femmes comme les hommes, même si les situations constatées visent massivement les femmes.

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Quels sont les exemples d'agissements sexistes au travail ?

La difficulté pratique est que ces comportements passent souvent pour des habitudes. Voici les formes les plus fréquemment relevées :

💬

Propos et remarques

Blagues sexistes en réunion, commentaires sur la tenue ou le physique — y compris élogieux —, remarques sur les compétences supposées liées au genre, usage de qualificatifs infantilisants (« ma petite », « les filles » adressé à des collègues adultes).

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Gestes et comportements déplacés

Tutoiement unilatéral, familiarité imposée sans consentement, sifflements, mimiques, regards insistants. Ces comportements inappropriés ne relèvent pas du harcèlement sexuel au travail tant qu'ils n'ont pas de connotation sexuelle, mais constituent bien des agissements sexistes.

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Décisions et organisation du travail

Attribution systématique des tâches de logistique ou de secrétariat aux femmes de l'équipe, exclusion de certaines missions ou déplacements, questions sur les projets d'enfants en entretien, absence de remplacement du matériel adapté.

🏢

Environnement de travail

Affichage d'images dégradantes, vocabulaire viriliste institué dans un service, rituels d'intégration à connotation sexiste. Ces éléments créent une situation intimidante sans viser personne nommément.

Déni et minimisation

Répondre à un signalement par « elle manque d'humour » ou « c'est du second degré » constitue en soi un prolongement de l'agissement. Ce mécanisme d'inversion, qui transforme la personne visée en problème, est l'un des plus documentés.

Ces manifestations sont ce que l'on appelle couramment le sexisme ordinaire : leur banalité dans le monde du travail est précisément ce qui les rend difficiles à contester.

Agissement sexiste, harcèlement sexuel, outrage sexiste : comment les distinguer ?

Ces trois notions sont régulièrement confondues, y compris dans des documents d'entreprise. Elles relèvent de codes différents, avec des conséquences différentes.

Critère Agissement sexiste Harcèlement sexuel Outrage sexiste
Texte Code du travail, art. L.1142-2-1 Code du travail, art. L.1153-1 et Code pénal Code pénal
Nature Manquement civil Délit Contravention, puis délit si aggravé
Connotation sexuelle Non requise Requise (sexuelle ou sexiste) Requise
Répétition Non exigée Exigée, sauf pression grave Non exigée
Relation de travail Relation de travail et hors travail Principalement espace public
Sanction de l'auteur Disciplinaire Disciplinaire et pénale Amende
Qui peut être mis en cause L'employeur, au civil L'auteur et l'employeur L'auteur

Trois repères pour s'y retrouver :

L'agissement sexiste n'est pas une infraction pénale. C'est le point le plus mal compris. Aucune poursuite pénale n'est possible sur ce seul fondement. L'auteur s'expose à une sanction disciplinaire prise par son employeur, et la responsabilité civile de l'employeur peut être engagée devant le conseil de prud'hommes s'il n'a pas agi.

Le harcèlement sexuel suppose une connotation sexuelle ou sexiste et, en principe, une répétition. Un agissement sexiste isolé ne constitue donc pas un harcèlement — mais une accumulation d'agissements sexistes peut en caractériser un.

L'outrage sexiste relève de l'espace public. C'est le texte qui s'applique au harcèlement de rue, avec une amende à la clé. Il ne se substitue pas aux dispositions du droit du travail.

Ces trois notions forment un continuum. Le guide du ministère du Travail souligne qu'un environnement tolérant les blagues sexistes facilite l'émergence de propos non désirés à connotation sexuelle, jusqu'aux violences sexistes et sexuelles les plus graves. Traiter l'agissement sexiste, c'est agir en amont.

Quelles sanctions pour un agissement sexiste ?

Pour l'auteur : la sanction disciplinaire. Avertissement, blâme, mise à pied, mutation, licenciement pour faute. Le choix relève de l'employeur, qui doit proportionner la mesure à la gravité des faits. Le règlement intérieur doit rappeler les dispositions relatives aux agissements sexistes pour qu'une sanction soit solidement fondée.

Pour l'employeur : la responsabilité civile. C'est ici que se situe le risque financier réel. L'employeur qui n'a pas pris les mesures de prévention nécessaires, ou qui n'a pas réagi à un signalement, engage sa responsabilité devant le conseil de prud'hommes. Le salarié peut obtenir des dommages et intérêts, et la rupture du contrat peut être requalifiée aux torts de l'employeur.

Aucune sanction pénale sur ce fondement. Ni amende, ni emprisonnement encourus au titre de l'agissement sexiste seul. Ces peines existent en revanche pour le harcèlement sexuel et pour l'outrage sexiste, qui relèvent du Code pénal.

Une protection contre les représailles. Un salarié qui témoigne ou relate des agissements sexistes ne peut être sanctionné pour ce motif. Une sanction prise en réaction à un signalement est nulle.

Quels sont les impacts des agissements sexistes ?

Sur les personnes : La victime subit une érosion de l'estime de soi et de la confiance en soi, du stress, des troubles anxieux, une perte de légitimité perçue. L'effet est cumulatif : chaque fait pris isolément paraît anodin et se conteste difficilement, c'est la répétition qui construit un environnement hostile. Cette difficulté à nommer le préjudice fait partie du préjudice.

Sur le collectif : Autocensure des personnes visées, départs de compétences, dégradation du dialogue au sein des équipes, difficulté de recrutement lorsque la réputation se diffuse.

Sur le plan de la santé au travail : Les agissements sexistes constituent un risque professionnel à part entière. Ils relèvent des risques psychosociaux (RPS) et doivent à ce titre figurer dans le document unique d'évaluation des risques professionnels, au même titre que les risques physiques.

Quelles sont les obligations de l'employeur ?

Le cadre légal impose plusieurs obligations concrètes, souvent partiellement appliquées :

1. Prévenir

L'article L.4121-1 du Code du travail impose de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (obligation de moyens renforcée).

2. Évaluer

Le risque d'agissement sexiste doit être formellement inscrit et évalué dans le Document Unique (DUERP), avec un plan d'action associé.

3. Informer & Désigner des référents

Affichage obligatoire des textes légaux, rappel dans le règlement intérieur et désignation d'un référent CSE (et référent employeur pour les entreprises d'au moins 250 salariés).

4. Réagir

À la connaissance de faits, l'employeur doit diligenter une enquête interne et prendre les mesures propres à faire cesser la situation. L'inaction engage sa responsabilité.

Comment prévenir les agissements sexistes ?

Nommer les comportements plutôt que les principes. Une charte d'engagement qui proclame le respect ne change rien. Un document qui liste des situations concrètes — la blague en réunion, la remarque sur la tenue, l'attribution genrée des tâches — donne aux équipes un vocabulaire commun pour identifier ce qui n'est pas acceptable.

Former et sensibiliser les managers et les référents. Sensibiliser l'ensemble des collaborateurs ne suffit pas si ceux qui doivent traiter les situations ne sont pas formés : le référent CSE est souvent désigné sans formation ni temps dédié. Une formation à la prévention du sexisme qui travaille sur des cas réels produit plus d'effet qu'une note de service, parce qu'elle donne des réponses à des situations que chacun a déjà vécues.

Travailler le rôle du témoin. C'est le levier le plus rentable. Dans la plupart des situations, plusieurs personnes assistent aux faits sans savoir quoi faire, et leur silence vaut approbation. Apprendre à réagir en tant que témoin face aux comportements offensants — reformuler, redonner la parole, nommer le fait sans attaquer la personne — mobilise la majorité silencieuse plutôt que la minorité problématique.

Rendre le signalement praticable. Procédure écrite, interlocuteur identifié, garantie de confidentialité et de non-représailles. Sans dispositif clair, un signalement repose sur le courage individuel — autant dire qu'il n'a pas lieu.

Inscrire le sujet dans le dialogue social. Négociation sur l'égalité professionnelle, travaux du CSE, indicateurs suivis dans la durée. Une hausse des signalements après la mise en place d'un dispositif traduit la confiance, pas une dégradation.

Comment agir face à un agissement sexiste ?

Si vous êtes visé : Notez les faits, en les datant et en identifiant les témoins éventuels. Cette trace écrite est la base de tout recours. Signalez ensuite les faits à votre hiérarchie, au référent harcèlement du CSE, ou aux représentants du personnel, qui peuvent vous accompagner dans la démarche. En cas d'inaction, l'inspection du travail peut être saisie. Ces ressources existent dans toutes les entreprises de France, quelles que soient leur taille et leurs conditions d'organisation.

Si vous êtes témoin : Une intervention brève sur le moment pèse davantage qu'une confrontation différée : reformuler le propos pour le rendre audible, redonner la parole à la personne interrompue, dire simplement que la remarque n'a pas lieu d'être. Vous pouvez aussi signaler les faits en appui de la personne visée — votre témoignage est protégé.

Si vous êtes employeur ou manager : Ne traitez pas le signalement de manière informelle. Formalisez, enquêtez, tracez les décisions. Une gestion à l'amiable qui ne laisse aucune trace vous expose davantage qu'une procédure menée sérieusement.

Ces situations s'inscrivent dans un cadre plus large : celui du sexisme au travail, dont l'agissement sexiste est la traduction juridique.

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