Une remarque glissée en réunion, une blague jugée « anodine », un geste qui met mal à l’aise. Le sexisme au travail s’exprime souvent à bas bruit, tout en pesant lourd sur les parcours professionnels. En France, il concerne encore une large part des femmes et continue d’affecter la qualité de l’environnement de travail.
Qu’est-ce que le sexisme au travail ?
Définition du sexisme au travail
Le sexisme au travail désigne tout comportement, propos ou pratique lié au sexe ou au genre d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, offensant ou dégradant.
Il s’agit d’une forme de discrimination professionnelle, inscrite dans le Code du travail, qui peut concerner tous les secteurs et toutes les fonctions.
Contrairement à certaines idées reçues, un acte isolé peut suffire. Le caractère sexiste ne repose pas sur l’intention de l’auteur, mais sur l’impact produit sur la personne concernée et sur le climat de travail.
Sexisme, harcèlement sexuel et séduction : ne pas confondre
Ces notions sont souvent mêlées, alors qu’elles recouvrent des réalités distinctes.
Notion | Ce qui la caractérise | Cadre juridique |
Sexisme | Agissement lié au sexe ou au genre | Code pénal et Code du travail |
Harcèlement sexuel | Comportements à connotation sexuelle, répétés ou graves | Code pénal et Code du travail |
Séduction | Interaction libre, réciproque, sans pression | Licite si consentie |
La frontière repose sur le consentement, le rapport de pouvoir et l’effet produit. Une remarque sur l’apparence, même formulée sur un ton léger, peut devenir problématique si elle crée un malaise ou une situation intimidante dans le cadre du travail.
Qu’est-ce qui est considéré comme du sexisme au travail ?
Le sexisme ne prend pas une seule forme. Il s’exprime à travers une palette de comportements, parfois visibles, parfois beaucoup plus discrets.
Le sexisme hostile
Il s’agit de la forme la plus identifiable. Elle se traduit par des propos ouvertement discriminants ou des décisions défavorables.
Exemples :
- Remettre en cause la légitimité d’une femme à un poste à responsabilité
- Refuser une promotion en raison d’une grossesse supposée
- Maintenir des écarts de rémunération injustifiés
Le sexisme ordinaire
Plus insidieux, il se dissimule derrière l’humour, les habitudes ou la culture d’équipe.
On le retrouve notamment à travers :
- Des blagues répétées sur l’apparence
- Des surnoms infantilisants adressés à des collègues
- L’attribution systématique de tâches d’organisation aux femmes
Ce type de comportement est souvent banalisé, ce qui le rend difficile à signaler.
Le sexisme bienveillant
Présenté comme protecteur ou flatteur, il légitime une répartition hiérarchisée des hommes et des femmes.
- Écarter une personne de missions « trop exigeantes »
- Valoriser des qualités supposées « naturelles »
- Limiter l’accès à certaines responsabilités
Le sexisme au travail : une réalité encore massive
Le sexisme au travail ne relève pas d’une perception isolée. Selon le dernier rapport du Haut Conseil à l’Égalité, 49% des femmes déclarent avoir subi des discriminations au travail. Ce chiffres démontre une exposition régulière des femmes à des comportements sexistes, tous secteurs confondus. Remarques sur l’apparence, doutes sur les compétences, interruptions en réunion ou décisions biaisées jalonnent encore le quotidien professionnel.
Ce phénomène est d’autant plus problématique qu’il reste souvent banalisé. Beaucoup de personnes hésitent à signaler les faits, par peur des répercussions, du regard des collègues ou parce que les comportements sont perçus comme « faisant partie du décor ».
Sexisme au travail : que dit la loi ?
Définition légale de l’agissement sexiste
Le Code du travail encadre clairement la notion.
L’article L.1142-2-1 définit l’agissement sexiste comme “tout comportement lié au sexe d’une personne ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, humiliant ou offensant.”
Trois points clés à retenir :
- Un acte unique peut suffire
- L’intention de l’auteur n’est pas déterminante
- L’effet produit prime sur la forme
Responsabilités de l’employeur
Le sexisme constitue un risque professionnel à part entière. À ce titre, l’employeur doit agir pour protéger la santé et de la sécurité des salariés.
Ses obligations couvrent notamment :
- La prévention des comportements sexistes
- L’information des équipes
- La mise en place de dispositifs de signalement
- Le traitement rapide des situations signalées
Des sanctions disciplinaires peuvent être prises à l’encontre des auteurs des faits. L’inaction expose aussi l’organisation à des risques juridiques et réputationnels.
Les risques du sexisme pour les personnes et l’entreprise
Conséquences pour les victimes
Les effets du sexisme dépassent largement l’instant où il se manifeste. Ils s’inscrivent dans la durée.
On observe notamment :
- Stress et fatigue mentale
- Perte de confiance
- Freins à l’évolution professionnelle
- Désengagement progressif
Ces impacts touchent la santé mentale et la trajectoire professionnelle, même lorsque les faits semblent « mineurs ».
Conséquences pour l’organisation
Pour l’entreprise, le sexisme au travail entraîne :
- Un climat social détérioré
- Une hausse du turnover et de l’absentéisme
- Des tensions d’équipe durables
- Un risque juridique réel
À terme, ces situations affectent la performance collective et l’image de l’organisation.
Que faire face au sexisme au travail ?
Le sexisme au travail ne doit jamais rester sans réponse. Des leviers existent, que l’on soit directement visé ou témoin de la situation.
Si l’on est victime
Demander de l’aide quand on est victime de comportements sexistes demande souvent du courage. Il est possible d’être accompagné si l’on décide de témoigner.
Actions possibles :
- Documenter les faits : dates, lieux, propos, gestes, personnes présentes
- Exprimer un refus clair, lorsque la situation le permet
- Utiliser les canaux internes : informer son supérieur hiérarchique, RH, référent désigné, représentants du personnel
- Solliciter un appui externe si nécessaire : inspection du travail, Défenseur des droits
Chaque situation mérite d’être prise au sérieux, même lorsqu’elle semble isolée ou banalisée.
Si l’on est témoin
Le rôle des témoins est déterminant. Accompagner au mieux la victime est une priorité. Savoir que les comportements sexistes ne sont pas laissés sans réaction permet de développer un environnement professionnel de confiance.
Postures possibles :
- Interrompre calmement un propos ou un geste déplacé
- Soutenir la personne visée, sans minimiser ce qu’elle ressent
- Proposer un témoignage lors d’un signalement
- Relayer les faits auprès des interlocuteurs compétents
- Déculpabiliser la victime en lui disant qu’elle n’est pas responsable de ce qui lui arrive
Agir en tant que témoin contribue à installer une norme collective plus protectrice.
Comment prévenir le sexisme au travail en entreprise ?
La prévention repose sur une démarche structurée, visible et partagée par l’ensemble des équipes.
Prévention collective
Une action efficace combine plusieurs leviers :
- Prévention régulière auprès des collaborateurs
- Formation des managers et fonctions RH
- Affichage de la charte ou du règlement intérieur explicitant les comportements attendus
- Communication claire sur les droits, les recours et les sanctions
Ces dispositifs permettent d’installer un cadre commun et de diffuser un message clair et une culture d’entreprise commune..
Traitement des situations signalées
Une organisation est tenue de :
- Proposer une procédure de signalement accessible et confidentielle
- Mener des enquêtes internes impartiales
- Appliquer des mesures adaptées selon la gravité des faits
- Protéger les personnes ayant signalé une situation
La cohérence entre discours et pratiques conditionne la crédibilité de la démarche.
Formation et sensibilisation : un levier clé contre le sexisme
La formation joue un rôle central dans la lutte contre le sexisme au travail. Elle permet de :
- Identifier les comportements sexistes, y compris les formes subtiles
- Réagir sans banaliser
- Partager un langage commun au sein des équipes
- Outiller managers et collaborateurs face aux situations concrètes
Former, ce n’est pas moraliser. C’est donner des repères, sécuriser les échanges et renforcer la capacité collective à agir. Remixt propose une formation pour la lutte contre le sexisme.
Ressources utiles et repères institutionnels
Plusieurs acteurs accompagnent les personnes et les organisations :
- Inspection du travail
- Défenseur des droits
- Référents internes (RH, égalité professionnelle, harcèlement)
- Journée nationale de lutte contre le sexisme – 25 janvier
Ces ressources permettent de ne pas rester isolé et d’ancrer les actions dans un cadre reconnu.